Quel(le) citoyen(ne) voulons-nous être ?

L’Instruction, avec un grand « I », gratuite, laïque, égalitaire, qui a permis à plusieurs générations de se hisser plus haut que leurs parents dans l’échelle sociale, est en panne.

Plus que dans d’autres pays, l’écart se creuse entre les élèves issus des milieux favorisés, qui réussissent aussi bien, voire de mieux en mieux, et tous les autres. La France, cancre des pays riches ? On n’en est pas là. Mais l’Hexagone, qui figurait encore dans le classement de tête en 2003, descend dans la moyenne concernant les acquis des élèves. Même s’il faut se garder d’accorder trop de crédit aux classements, dont les critères recèlent toujours une part d’aléatoire, chacun sent bien qu’un point de fracture arrive, avec dans ses bagages un signal très négatif : quand le milieu social détermine la réussite, le chacun-pour-soi se substitue au chacun-sa-chance. Et la démocratie titube.

L’éditorialiste Paule Masson rappelait que « La droite souhaite cantonner l’école aux apprentissages de base – lire, écrire, compter. Montaigne doit se retourner dans sa tombe, lui qui inlassablement répétait qu’il vaut mieux « une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine ». Le débat idéologique est intense car l’enjeu est de taille. Derrière une ambition éducative, c’est tout un projet de société qui se dessine. Avoir « une tête bien faite » pose cette question fondamentale : quel(le) citoyen(ne) voulons-nous être ? »

L’objectif est forcément loin des petits calculs étriqués du seul bien lire et compter. Il s’accommode aussi assez peu d’un modèle éducatif calqué sur celui des entreprises, fait de compétition entre élèves, entre profs, entre établissements, de concurrence, de course aux savoirs « rentables » pour l’économie. Apprendre à penser par soi-même, à mobiliser l’ensemble 
de ses connaissances pour fonder une argumentation, à devenir une personne, un citoyen, un travailleur, un adulte, autonome et responsable, appelle au contraire à convoquer de nouveau à l’école l’envie d’apprendre.

Le Ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, parle de « refondation », que les réformes engagées ne suffiront pas à édifier. Vu le point bas atteint, la scolarisation des enfants de moins de 3 ans ou le « plus de maîtres que de classes » en primaire sont des objectifs louables mais ne dessinent pas les contours d’un chantier qui serait réellement prioritaire. Quant à la réforme 
des rythmes scolaires, les enseignants ont eu vite fait 
de démasquer son vice : affaiblir un peu plus le caractère national de l’éducation en laissant aux communes 
la prise en charge des temps libres. Forcément inégalitaire. L’école a besoin de tout sauf de réformettes.

La refonder est une ambition incompatible avec une politique de rigueur économique. Elle a besoin 
de beaucoup plus de moyens, mais pas seulement. 
Elle a aussi besoin de pensée. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai présenté au conseil municipal un vœu (à lire ici) au nom du groupe front de gauche qui a été voté à l’unanimité. Madame le Maire l’a transmis au Ministre de l’Education.

Sylvie Richeton,

adjointe à l’éducation et à la famille